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Interview de Julian Richer : Réinventer le cadeau d'entreprise avec les saveurs du terroir comtois

Julian, pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment vous en êtes venu à vouloir réinventer le cadeau d’entreprise autour des saveurs du terroir comtois ?

Je suis Julian Richer, co-gérant avec mon associé Quentin Midot de la société Les Coffrets du Terroir Comtois. Nous proposons des coffrets cadeaux composés de produits franc-comtois à destination des professionnels et particuliers. Les cadeaux d'entreprise que l'on retrouve majoritairement, ce sont souvent des produits qui viennent du Sud avec des emballages standards. Réinventer le cadeau d'entreprise, c'est une manière pour nous de proposer une vision différente, avec des emballages uniques et des produits de notre région qui sont, pour la plupart (à l'exception du Comté et de la saucisse de Morteau) très peu connus en France et très peu exploités par les entreprises/collectivités/autres structures dans leurs cadeaux. Cela permet également de mettre en avant de petits producteurs qui travaillent avec passion et qui ont un savoir-faire unique et atypique.

Quand vous parlez de « cadeau d’entreprise ancré dans le terroir comtois », concrètement, à quoi cela ressemble-t-il : quels produits, quels producteurs, quelles histoires vous aimez mettre dans ces coffrets pour qu’ils aient du sens pour l’entreprise comme pour le bénéficiaire ?

Avant tout, nous nous adaptons aux besoins de nos clients ; les compositions varient selon leur identité, leur budget et l'occasion. Mais on peut dessiner deux grandes tendances.
Pour les collectivités et mairies, nous privilégions des produits très typiques de la région : Comté, Morbier, saucisse de Morteau, saucisse de Montbéliard, vins du Jura, mortuaciennes. Des produits que tout le monde reconnaît, qui parlent immédiatement du territoire.
Pour les entreprises, on s'oriente vers quelque chose de légèrement plus universel foie gras, biscuits salés et sucrés, confitures, vins, tisanes, terrines et tartinades, tout en restant ancré dans le local. Cela dit, certaines entreprises choisissent délibérément des produits plus typiques, selon l'événement ou le message qu'elles souhaitent porter.
Dans tous les cas, ce qui nous tient à cœur, c'est de mettre en lumière des producteurs dont les histoires s'étendent sur quelques années… ou quelques siècles. On pense à la Distillerie Les Fils d'Émile Pernot, à La Cluse-et-Mijoux, qui perpétue la tradition de l'absinthe, du Pontarlier-anis, des liqueurs et eaux-de-vie. Aux Produits Saugets et leur savoir-faire en salaisons. Aux fruitières qui produisent Comté et Morbier au cœur des villages de montagne. Au Vignoble Guillaume, à Charcenne, et à la Maison Gouillaud, à Arbois-Pupillin, pour les vins du Jura. Ou encore au Moulin de Vaux, à Poligny, avec ses croûtes aux morilles, ses terrines au vin jaune et ses foies gras.
Et puis il y a tous les autres ; des producteurs plus atypiques, éparpillés dans la région, que nous aimons faire découvrir et qui contribuent à rendre chaque coffret unique.

Selon vous, qu’est-ce qui ne fonctionne plus dans le cadeau d’affaires classique (catalogues impersonnels, goodies, bouteilles standardisées…) et comment l’ancrage dans le terroir comtois permet de répondre à ces limites, aussi bien sur le plan de l’image de marque que de la relation humaine ?

Le cadeau d'affaires reste un geste fort. 91 % des entreprises françaises en offrent au moins une fois dans l'année ; mais les attentes évoluent. La tendance est à l'hyperpersonnalisation, et la marque doit de plus en plus s'effacer devant l'impact même de l'objet. Un beau cadeau se suffit à lui-même. Les bénéficiaires, eux, attendent avant tout quelque chose qui correspond à leurs goûts, qui leur sera utile, qui leur ressemble.
C'est là qu'un coffret ancré dans le terroir comtois prend tout son sens. En offrant des produits authentiques, issus de nos régions, on fait plus qu'un simple présent : on transmet une part de tradition et de savoir-faire. Ces coffrets ne sont pas seulement appréciés pour leur qualité gustative, mais pour leur capacité à créer des moments de partage et de convivialité. Une saucisse de Morteau, un verre d'Arbois, un bocal de croûte aux morilles ; ce sont des choses qu'on ouvre en famille, qu'on partage à table. Ça crée un souvenir durable.
Pour l'entreprise qui offre, c'est aussi une manière de dire quelque chose sur elle-même. Un cadeau bien choisi envoie plusieurs messages simultanés : "nous sommes attentifs", "nous avons des valeurs", "nous vous considérons". Et ça, un coffret de terroir le fait naturellement ; sans forcer, sans logo apparent, juste par ce qu'il contient et les histoires qu'il porte.

Pouvez-vous nous décrire un cas très concret où une entreprise a remplacé ses cadeaux traditionnels par des présents issus du terroir comtois : quel était le brief au départ, quelles difficultés vous avez rencontrées (logistique, budget, saisonnalité, contraintes RH ou achats) et quel a été le retour des collaborateurs ou clients ?

Exail est une entreprise de haute technologie implantée à La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône. Quand ils nous ont contactés, le brief était simple et direct : leurs cadeaux habituels manquaient de personnalité. Ils voulaient quelque chose qui sorte vraiment du lot, qui raconte une histoire, et qui marque durablement leurs collaborateurs.
Nous sommes partis d'un de nos coffrets existants, "On mange sans Comté", qui rassemble déjà deux Comtés affinés en fruitière de 500 g, un Morbier de 400 g, un Côtes du Jura blanc et une gelée de vin jaune. À cela, nous avons ajouté de la cancoillotte et une saucisse de Morteau pour compléter la sélection et lui donner encore plus de caractère. Une composition entièrement ancrée dans le territoire, cohérente du début à la fin.
Les retours ont été positifs. Des collaborateurs qui n'avaient jamais goûté un Comté affiné plusieurs mois, ou qui découvraient pour la première fois un vin d'Arbois, ont été agréablement surpris. C'est exactement ce qu'on cherche : que le coffret devienne un moment de découverte, pas juste un geste de politesse.
C'était notre première collaboration avec eux, et elle nous a confirmé quelque chose d'important : même à des centaines de kilomètres de la Franche-Comté, le terroir comtois trouve son public.

Le terroir comtois est riche mais aussi très identifié (fromages, charcuteries, vins, etc.) : comment vous évitez l’effet “panier cliché” pour créer des cadeaux vraiment différenciants, et comment travaillez-vous avec les artisans locaux pour garantir qualité, traçabilité et impact positif sur l’économie locale ?

C'est une vraie question, et on se la pose nous-mêmes à chaque nouvelle composition. Le terroir comtois est riche, mais il est aussi très codifié : on tombe vite dans le réflexe "Comté, saucisse de Morteau, vin jaune" et c'est plié. Ces produits sont excellents, on les met en avant avec fierté, mais ils ne suffisent pas à créer la surprise.
Ce qui nous intéresse, c'est d'aller chercher ce qu'on ne voit pas dans les rayons habituels. Des caramels au beurre salé fabriqués dans la région, des bricelets, des tisanes locales, des pâtes à tartiner, un rhum arrangé produit en Franche-Comté. Des produits qui sortent totalement des codes du terroir classique, mais qui sont bel et bien fabriqués ici, par des artisans d'ici. C'est cette couche de découverte qu'on essaie d'ajouter à chaque coffret pour qu'il ne ressemble à aucun autre.
Sur la relation avec les artisans, elle est avant tout humaine. Nous rendons visite à chacun d'entre eux pour comprendre comment ils fabriquent leurs produits, découvrir leur histoire, leur démarche. Et nous goûtons systématiquement tout ce que nous vendons. Ce n'est pas une contrainte, c'est une exigence : on ne peut pas défendre un produit qu'on ne connaît pas vraiment. C'est aussi ce qui nous permet de raconter chaque coffret avec sincérité, et de garantir à nos clients une qualité que nous avons vérifiée nous-mêmes.

Si l’on se projette à 3–5 ans, comment imaginez-vous l’évolution du cadeau d’entreprise responsable et local : quelle place pour le terroir comtois dans un contexte où les politiques RSE se durcissent, où le numérique prend de plus en plus de place et où les attentes des salariés/clients changent ?

On va être honnêtes : avant de se projeter à cinq ans, il faut déjà traverser 2026. L'augmentation du coût de la vie touche tout le monde, nos producteurs comme nos clients, et ce n'est pas anodin quand on travaille avec des artisans dont les marges sont déjà serrées et des entreprises qui regardent leurs budgets de plus près.
Cela dit, on observe une tendance de fond qui nous conforte dans ce qu'on fait : les entreprises cherchent de plus en plus à donner du sens à leurs dépenses, y compris leurs cadeaux. La RSE n'est plus un vernis, c'est une vraie contrainte pour beaucoup d'organisations, et un coffret local et traçable coche naturellement des cases qu'un panier générique ne peut pas cocher. Sur le numérique, on n'y voit pas une menace. Le cadeau physique, gourmand, qu'on partage à table, répond à quelque chose que l'écran ne remplace pas. Les visios et les emails de remerciement ont leur utilité, mais ils ne font pas le même effet qu'un morceau de Comté affiné ou une bouteille de vin du Jura posés sur la table un soir de fête. Ce sont deux registres différents, et l'un n'annule pas l'autre.

Pour terminer, quel conseil donneriez-vous à un dirigeant ou un responsable achats qui hésite encore à basculer vers des cadeaux d’entreprise fondés sur les saveurs du terroir comtois : par où commencer, et quel premier petit pas faire dès cette année ?

Le premier conseil, c'est de ne pas chercher à tout révolutionner d'un coup. On n'est pas là pour convaincre qui que ce soit d'abandonner ce qui fonctionne, mais plutôt de tester, sur un périmètre limité, ce que ça fait de changer de registre.
Par où commencer ? Identifiez une vingtaine de destinataires, pas forcément les plus stratégiques, mais ceux pour qui vous avez envie de marquer le coup différemment. Choisissez un coffret simple, cohérent, avec des produits qui racontent quelque chose. Et observez les retours.
Ce qu'on entend souvent, c'est que les gens prennent le temps d'en parler. Ils mentionnent le Comté, ils posent des questions sur le vin, ils partagent le coffret avec leur famille. C'est exactement ce qu'un goodie promotionnel ne provoque jamais. Et pour une entreprise, c'est une forme de présence dans le quotidien des gens qui n'a pas de prix.
Le terroir comtois, ça ne s'impose pas, ça se découvre. Notre rôle, c'est de rendre cette découverte la plus simple et la plus belle possible pour tout le monde.

Pour en savoir plus : https://www.lescoffretsduterroircomtois.com/fr/

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